Êtes-vous hyperbranché?
Plusieurs dispositifs mobiles, de nombreuses adresses de courriel, un profil sur LinkedIn/Facebook/Twitter, votre propre blogue et le nez rivé sur le Web. Recevez-vous vos fils RSS en intraveineuse?
La place que prennent les communications dans notre vie est grandissante. Une croissance exponentielle, pourrait-on croire.
Entre deux courriels et trois appels téléphoniques (Skype ou mobile?), vous envoyez un message instantané à votre conjointe et « Sandy », votre assistante virtuelle, vous fait parvenir un rappel pour votre prochain rendez-vous dans 15 minutes par messagerie texte. Vite, un coup d’oeil à Flock (ou peut-être préférez-vous Twitterrific?) pour voir ce qui se passe et ce qui se prépare pour ce soir.
Certains quittent le bureau avec leur ordinateur portable pour prendre place dans leur train de banlieue, branchés sur leur iPod tout en lisant leurs derniers courriels sur leur BlackBerry. À moins qu’ils jouent à Brain Age ou Mario Kart sur une Nintendo DS ou à Grand Theft Auto ou God of War sur leur PSP. Brève interruption pour un Twitter par SMS ou recevoir un appel : « t’es où? ».
Bienvenue dans le monde des hyperbranchés.
Dans un récent sondage réalisé par IDC et commandité par Nortel, on a questionné près de 2 400 personnes dans 17 pays, hommes et femmes, travaillant dans diverses industries. On a voulu savoir quelles étaient leurs habitudes de communications, quels appareils et quelles applications ils utilisaient et comment.
Culture de connectivité
Principale constatation de ce sondage : une tranche d’environ 16 % des répondants est considérée comme des « hyperbranchés » (hyperconnected). Ceux-ci comptent sur au moins sept différents appareils technologiques pour leurs besoins personnels et professionnels. Ils utilisent neuf applications telles que la messagerie instantanée, la vidéoconférence Web, les blogues et les réseaux sociaux.
Le deuxième groupe type défini par ce sondage, qualifié de « branchés en croissance », représente 36 % des répondants. Il est moins branché que le précédent (4 appareils au lieu de 7, 6 applications au lieu de 9) mais ne manque pas une occasion de communiquer.
Un troisième segment de la population étudiée est considéré comme rassemblant des « passifs en ligne », nettement moins branchés que les deux groupes précédents. Ils comptent pour 20 % de l’échantillon. Ils utilisent quelques applications, comme la messagerie instantanée, par exemple, mais ne sont pas prêts pour les applications du Web 2.0, comme les réseaux sociaux.
Finalement, un quatrième sous-ensemble des répondants (28 %) est considéré comme des « utilisateurs réduits à l’essentiel » (est-ce qu’on se sent bien, ainsi considérés?). Ils utilisent le courriel, accèdent à Internet depuis leur ordinateur et communiquent vocalement par téléphone mobile. Banal.
De 16 à 40 %
En fait, les analystes d’IDC croient qu’il y a un clivage net entre les deux premiers segments et les deux derniers. Les branchés en croissance auraient tendance, dans un avenir assez rapproché, à aller rejoindre les hyperbranchés.
Une analyse des tranches d’âge permet de croire que, compte tenu de la retraite prochaine des plus âgés, les hyperbranchés pourraient compter pour 25 % du total d’ici 5 ans. Cette proportion pourrait grimper à 40 % si certains branchés en croissance migrent vers le groupe des hyperbranchés, croit IDC.
Les hyperbranchés se retrouvent dans tous les pays du monde (considérés dans cette étude), mais surtout en Chine et aux États-Unis. Dans ce groupe de 17 pays, le Canada arrive au dernier rang avec les Émirats Arabes Unis.
Ce ne sera pas une surprise d’apprendre qu’on retrouve la plus grande proportion d’hyperbranchés, 25 %, dans l’industrie des hautes technologies et 21 % dans le secteur financier. La plus faible proportion, 9 %, se retrouve du secteur de la santé.
Évidemment, les hyperbranchés retiennent leur souffle quand le réseau flanche. Pour près de la moitié d’entre eux, une panne de réseau a un impact extrême, certainement sur leur travail, sinon sur leur vie.
Des impacts sur l’organisation
Si votre force de travail compte pour 16 % d’hyperbranchés, qui seront bientôt 25 % ou 40 %, cela ne sera pas sans influencer la gestion de l’environnement technologique de votre organisation. Sans oublier que cette même proportion pourra être recensée chez vos clients.
Tous les analystes qui suivent l’évolution du marché du travail, particulièrement dans le contexte de la retraite des baby-boomers et du défi du recrutement qui s’ensuivra, nous avertissent déjà que les nouveaux travailleurs exigeront un environnement de connectivité et de technologies qui leur ressemble. Ils iront jusqu’à choisir leur employeur en fonction de cela. On suggère même de développer une stratégie spécifique à cet égard, en collaboration entre les TI et le service des ressources humaines.
Le sondage IDC-Nortel affirme que les entreprises ont le choix : faire avec ou regarder passer le train. Ce qui, au fond, n’est pas vraiment un choix.
Cela signifie que les organisations devront adapter leurs pratiques et leurs politiques pour permettent une connectivité croissante de leur personnel. Ce qui signifie également qu’elles devront déployer des mesures de sécurité flexibles, mais efficaces, tout en éduquant leurs travailleurs du savoir sur les bonnes pratiques. On ne met pas n’importe quoi sur son blogue public, il y a des notions d’éthique et de secret d’entreprise à comprendre.
Il vaut mieux tenir cette situation pour acquise plutôt que de la combattre. S’il peut être tentant de résister à l’hyperconnectivité au nom de la saine, et sécuritaire, gestion des réseaux, le risque est que les travailleurs hyperbranchés trouveront un moyen de contourner les barrières pour y arriver quand même. Et comme directeur informatique vous n’aurez aucun moyen de surveiller la manière dont ils le font. Lequel de ces risques préférez-vous affronter?
Le phénomène semble inéluctable, tous les signes sont là. Même si les esprits tordus pourraient qualifier ce sondage de subjectif, puisque commandité par un fournisseur d’outil de communications, vous remarquez ce phénomène comme moi, tous les jours. Suffit de regarder autour de soi pour observer ces hyperbranchés à l’oeuvre.
Le critique en moi ne peut toutefois éviter la question : plus de communications, vraiment? Plus d’outils pour communiquer, sûrement. Ce qui ne sera pas sans engendrer un certain stress 2.0, d’ailleurs. Parallèlement à l’hyperconnectivité, verra-t-on apparaître le syndrome du déficit virtuel, lié à la difficulté de gérer ses multiples espaces de communication?
N’hésitez pas à venir me donner votre opinion sur le sujet. Sur mon blogue, par courriel ou autrement. Peu importe votre outil de communication, je suis certain que vous saurez me trouver!
Patrice-Guy Martin - 2 juin 2008 -| del.icio.us | Digg IT | Furl | Google | magnolia | StumbleIT | Wink | Yahoo! | Technorati |
Un commentaire »
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Monsieur Martin,
Je viens de lire votre éditorial sur les “hyperbranchés”.
Vos textes sont toujours pertinents y inclus celui-ci qui aborde un sujet très “tendance”.
L’hyperbranchement va dans la même veine que l’hyperoccupation.
On dénonce le fait d’être de plus en plus occupé et accaparé par nos activités débordantes qui finissent plus souvent qu’autrement en forme de stress quelconque.
On déplore ne plus avoir assez de temps pour la famille, pour les enfants pour les amis, pour les loisirs.
Que fait-on ? On s’équipe de gadgets où on peut être rejoint en tout lieu et en tout temps et on devrait se sentir mieux….dites-vous !!.
Les entreprises se sentent mieux effectivement; comment ne le seraient-elles pas, elles peuvent rejoindre leurs employés partout au travail, à l’extérieur, en soirée et même en vacances ! D’ici peu, vous verrez que ce sera une condition d’emploi.
Il est même possible actuellement de suivre quelqu’un avec son cellulaire. À quand une greffe de GPS ?
En ce qui me concerne, je ne suis pas hyperbranché et je me sens très bien.
Je vérifie mon courriel quand je veux sans avoir à répondre à une alarme et je prends mes messages bien assis à la maison ou au bureau; ce qui est plus prudent que l’auto.
J’ai manqué un appel ? Et puis après, est-ce catastrophique ?
Ceci me permet de planifier mon temps à mon rythme sans être sujet à de multiples interruptions.
Le meilleur café n’est pas celui qui est intantané !
Commentaire par Jacques Hétu — 11 juin 2008 @ 13:44