Loto-Québec, le poker en ligne et la chasse aux sorcières
Loto-Québec a décidé récemment de faire le grand saut dans le jeu en ligne avec un site Web qui sera prêt dès cet automne et permettra de jouer au poker et d’effectuer des paris sportifs. Cela qui a soulevé de vives inquiétudes tant du côté syndical que de divers organismes sociaux, qui y voient là un danger de faire grimper le nombre de joueurs pathologiques dans la province.
Au-delà des intérêts syndicaux qui veulent avant tout protéger les emplois dans les casinos de la province, il serait bon d’expliquer en quoi le jeu en ligne mis de l’avant par Loto-Québec fera plus de joueurs pathologiques que l’offre actuelle, déjà composée de plus de 2000 sites Internet.
Il n’est pas question ici de dénigrer le problème du jeu pathologique, qui touche environ 5,5% de tous les joueurs, selon l’Indice canadien du jeu excessif. Cette donnée commence toutefois à se faire vieille, puisque l’indice n’a pas été révisé depuis 2001.
Au Québec, une autre étude du centre de l’Institut national de la santé publique et baptisée Comportements de jeu et jeu pathologique selon le type de jeu au Québec en 2002 évalue qu’un peu plus de 2% de tous les joueurs sont à risque d’y développer une dépendance.
Les joueurs pathologiques peuvent tout perdre et même ruiner leurs proches ou hypothéquer l’avenir de leurs enfants. Mais là n’est pas la question.
Loto-Québec est loin d’être la seule dans le bateau et certaines entreprises bien présentes dans le jeu en ligne, comme Goldenpalace.com, vont déjà beaucoup plus loin en permettant à leurs membres de jouer au poker en tout temps sur plus de 400 modèles de téléphones portables.
D’autres provinces canadiennes et d’autres pays ont déjà autorisé le jeu en ligne. Pourquoi pas Loto-Québec? De plus, les adeptes du poker en ligne ont depuis longtemps leurs petites habitudes et il est loin d’être acquis qu’ils migreront tous instantanément sur le site Internet de la société d’État simplement parce qu’il existe.
Les Québécois perdent de plus en plus
Les dirigeants de la société d’État évaluent que les revenus annuels provenant du jeu en ligne au Québec sont évalués de façon conservatrice à 80 millions de dollars. Traduction libre: les Québécois devraient globalement perdre 80 millions de dollars en s’adonnant au poker ou à d’autres jeux de hasard en ligne cette année. Ce n’est pas une mince somme.
À travers le Canada, on parle d’une «industrie» qui franchira le milliard de dollars en 2011 et qui a connu une croissance annuelle moyenne de 30% entre 2003 et 2008, passant de 184 à 675 millions de dollars.
Dès 2012, le gouvernement du Québec estime d’ailleurs qu’il touchera un dividende de 50 millions de dollars versé par Loto-Québec en lien avec les activités en ligne de la société d’État.
Est-il préférable de laisser tous ces capitaux filer à l’étranger ou dans les coffres d’entreprises peu scrupuleuses?
À choisir, l’offre de Loto-Québec, même si elle ne constitue qu’une goutte d’eau dans l’océan et n’est pas parfaite, semble déjà une meilleure option.
dlalonde - 5 février 2010 - Pas de commentaire »| del.icio.us | Digg IT | Diigo | Google | StumbleIT | Yahoo! | Technorati |