Apple: l’entreprise d’un seul homme?
Si vous ne le saviez pas déjà (ce qui serait assez étrange) Steve Jobs ne sera pas le conférencier d’ouverture de Macworld Expo, qui se tiendra en janvier prochain à San Francisco. Pire encore, Apple ne participera pas à cette foire commerciale en 2010.
Il n’a suffi que de ces quelques bribes d’information pour que tous les commentateurs de technologies et d’affaires à travers le monde (des milliers d’articles dans tous les sites des publications générales et spécialisées et de billets dans tous les blogues de la planète – faites des recherches dans Google si ça vous tente…) se mettent à tergiverser sur l’état de santé de Jobs et ceci et cela, le titre perd 4, 5, 6 ou 7 % en bourse et tout le monde se soucie de ce dont il va advenir de l’entreprise après Steve Jobs.
Je me demande si l’impact médiatique de cette annonce n’a pas été aussi grand que l’histoire des souliers lancés à George W. Bush.
Ce qui est, si vous me le permettez, tout un poids sur les épaules – plus frêles qu’auparavant diront certains – d’un seul homme. Apple, au 27 septembre 2008 comptait 31 999 autres employés à temps plein (selon le dernier rapport annuel). Probablement tout autant passionnés que leur PDG envers leurs produits, envers leurs clients, envers l’innovation. Si Jobs est un homme d’idées et de visions, un perfectionniste inhumain et tout le bataclan qu’on écrit sur lui, l’entreprise et son succès sont aussi l’affaire des gens qui l’entourent, des employés d’Apple, du personnel dans les boutiques Apple Store, de la qualité des produits eux-mêmes, etc.
Une culture d’innovation
Je vous invite à regarder au sein de vos propres organisations. Qui rencontre les clients? Qui livre les produits? Les assemble? Les emballes? En assure le soutien technique ou le service après-vente? Qui les conçoit? Selon le style de votre PDG et la taille de votre entreprise, il sera plus près ou plus loin des opérations, il sera entouré de gens compétents, il donnera un sens (ou non) à vos décisions quotidiennes dans la réalisation de la mission de l’organisation. Quand avez-vous vu votre PDG la dernière fois? Se rappelle-t-il de votre nom? Vous rappelez-vous du sien? Vous a-t-il donné des indications sur quoi faire avec ce problème qui vous paralyse dans tel dossier?
Apple est une organisation innovante, doté d’un grand sens du marketing. C’est cette culture que toute l’organisation entretient depuis des années. Voilà une affirmation que je pourrais attribuer à de nombreuses entreprises d’ailleurs, notamment en technologies. C’est le cas de Microsoft. C’est le cas d’IBM. Mais c’est aussi le cas du Cirque du Soleil, de Research in Motion, de Cascades, et combien d’autres, actuellement ou dans le passé.
Je ne veux pas sous-estimer le rôle du premier dirigeant d’une entreprise avec ces affirmations et ces questions. Je suis pleinement conscient de ce rôle, mais il n’est qu’une partie de l’équation. D’ailleurs, si ce dirigeant est un vrai visionnaire, comme le prétendent tous les analystes et autres observateurs qui réagissent chaque fois que Steve Jobs tousse, il aura planifié la relève. Son entourage est fait de gens de qualité qui sont des experts dans leur domaine, de la conception à la mise en marché, en ventes, en gestion des ressources humaines, etc. Et ainsi de suite, à tous les niveaux de l’organisation.
Je ne crois pas qu’il faille s’inquiéter pour Apple, elle n’est pas tout à fait dans la misère (elle a un coussin de 25 milliards de dollars, ce qui permet sans doute de respirer un peu).
Une histoire de salon
Par contre, peu de gens ont fait l’analyse que le rédacteur en chef de Macworld (le magazine), Jason Snell, a faite et que vous pouvez lire ici. J’aime sa façon de décortiquer la situation. [Et je vais faire comme lui, déclarer que je fais partie du même grand réseau que le magazine Macworld, puisque Direction informatique appartient à ITWorld Canada, le partenaire canadien du groupe IDG, dont une autre filiale, en l'occurrence IDG World Expo, est l'organisateur de la foire commerciale Macworld. Ok?]
Entre autres, je crois que Jason Snell a tout à fait raison quand il affirme que les grandes foires commerciales sont une chose du passé. Vous vous souvenez de Comdex? Certains d’entre vous pourraient-ils me nommer les deux grands salons spécialisés en informatique qui se tenaient à Montréal il y a 15 ou 20 ans, l’un à l’automne et l’autre au printemps?
En fait, c’est un peu le même phénomène qui se produit dans le cadre d’événements que dans les médias. Les médias de niche et bien ciblés ont plus de succès que les grands médias généralistes. Les petits événements à auditoire restreint mais spécialisé ont plus de succès que les grandes foires commerciales. Notamment parce que les petits offrent ce que les grands n’offrent plus : la proximité et l’échange, la conversation.
Et dans tout ça, l’argument qu’Apple préfère travailler avec son propre calendrier d’annonces de nouveaux produits que de devoir se plier aux échéances d’une foire commerciale pour présenter de nouveaux produits, est certainement à considérer aussi.
Alors, cessons de faire nos gérants d’estrade, s’il vous plaît, et arrêtons de voir des scandales ou de la panique, là où on n’a aucune idée de ce qui en est.
Au fond, peut-être que Jobs est très malade. Ou non. Ça ne me concerne pas vraiment, bien que j’aie beaucoup de sympathie pour lui, si c’est le cas. Dans tous les cas de figure, je vais quand même lui souhaiter, comme à vous tous d’ailleurs, une bonne année 2009, de la santé et de la prospérité. Et un peu de calme, là, dans la machine à rumeur.
Patrice-Guy Martin - 18 décembre 2008 - 1 commentaire »| del.icio.us | Digg IT | Diigo | Google | StumbleIT | Yahoo! | Technorati |
Un commentaire »
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Excellents commentaires!
Surtout que dans la situation mondiale actuelle, la machine à rumeur fait et peut faire beaucoup plus de mal que de bien. Nous vivons une crise de confiance qui peut nous mener très loin, et surtout, vers la catastrophe. Il faut, comme vous le dites si bien, rester calme.
Marc GIGUERE
Commentaire par Marc GIGUERE — 19 décembre 2008 @ 9:19