L’avenir de l’économie est numérique
Pendant que nous poussons dans tous les sens, à Direction informatique, pour fournir continuellement des infos sur la gestion des TI dans les organisations et l’avantage stratégique qui en découle, avec des exemples et des études de cas à l’appui, il se trouve encore un peu partout dans notre économie des décideurs à convaincre. Il faut leur faire la démonstration, par a+b qu’il faut revoir ses opérations pour passer au numérique.
Depuis 20 ans, c’est le mandat que nous nous sommes donné. Il y a quelques années, près de dix ans je crois, nous avons commencé à utiliser un slogan : l’avenir de l’économie est numérique. C’est une conviction que nous avons, c’est un constat que nous faisons.
Un mouvement populaire s’est atomisé ces derniers jours pour inciter notre gouvernement à mettre en place une initiative numérique, sous l’impulsion de la blogueuse et consultante en marketing Internet, Patricia Tessier, sous la forme d’une lettre ouverte au premier ministre du Québec, Jean Charest.
Alors que des élections sont sur le point d’être déclenchées dans la province, selon toutes les rumeurs, il est opportun de mettre le sujet sur la table et d’en discuter. Il faut que nos gouvernants fassent tout en leur possible pour soutenir le passage de l’économie au numérique. L’initiative de Mme Tessier est certainement pertinente et nous espérons qu’elle ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd.
Faire notre part, à nous…
Mais doit-on uniquement se fier à nos gouvernements pour développer une économie numérique? Je crois que nous n’avons pas la mémoire assez longue pour nous souvenir de tous les rapports, études et autres décisions qui ont été publiés à ce sujet, et qui nous ont donné, au fil des ans, divers éléments comme : un secrétariat à l’autoroute de l’information, un ministre responsable, un ministre associé, un secrétaire, un adjoint parlementaire en titre, la création de la Cité du multimédia, du Commerce électronique, les CNÉ, le Fond de l’autoroute, les initiatives multimédia, les programmes d’achats d’ordinateur, les politiques de partenariat, les enveloppes de subventions à ceci ou à cela, les fonds de capital de risque propriété de l’État, etc.
Toutes ces initiatives nous ont-elles amenés là où nous le désirons? Ont-elles accéléré la transition de notre économie au numérique? Poser la question, c’est peut-être y répondre…
Je crois qu’il ne faut pas mettre tous nos oeufs dans le même panier, surtout si ce sont les politiciens qui s’occupent du panier. Ils ont leurs responsabilités à prendre, ils peuvent créer un momentum favorable (j’ai failli écrire : des conditions gagnantes…), mais il ne faut décliner notre propre rôle dans l’atteinte de l’objectif. Je suis un partisan de l’action concrète, celle sur laquelle on a un certain contrôle, celle qui est proche de nous. Le pouvoir réel, si on veut, par analogie avec l’économie réelle, une expression à la mode par les temps qui courent (par opposition à quoi au juste? À l’économie irréelle?).
Prêcher par l’exemple
Je crois au changement, celui que nous initions et que nous pouvons accomplir nous-mêmes et autour de nous. Je crois beaucoup, par exemple, à l’utilisation des technologies dans les méthodes d’apprentissage et comme outils de travail quotidien pour les enseignants et les étudiants, l’un des éléments du plan d’action lancé par Patricia Tessier. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé l’an dernier de siéger sur le conseil d’établissement de l’école primaire de mon fils.
Ma première question lorsque je suis arrivé dans cette école : où est son site Web? Comment ça, elle n’en a pas? J’en ai donc construit un, tout simple, que j’entretiens bénévolement, quand j’ai quelques heures à donner entre deux réunions du Conseil.
Vous saviez que depuis quelques années on parle d’un immense projet d’intégration des TI dans les modes d’apprentissage à la Commission scolaire de Montréal, baptisé le Cybersavoir? Ce projet est actuellement sur la glace pour des raisons qui ne m’ont pas convaincu.
Vous avez des jeunes enfants? Impliquez-vous et posez des questions à vos commissaires, à la direction, au Conseil d’établissement à propos de ce projet. L’éducation, la familiarisation aux technologies est essentielle dès le primaire et quelques commissions scolaires sont passées à l’acte il y a déjà longtemps (notamment celle-ci) mais, la plus importante commission scolaire du Québec, elle, est en retard.
Ah, bien sûr, il y a des labos informatiques plus ou moins modernes un peu partout, on note des initiatives locales par des profs passionnés qui ont décidé de prendre sur eux de former leurs élèves et de ne pas attendre les politiques venues d’en haut. Mais depuis 20 ans que j’observe cette industrie des TI au Québec, et j’attends toujours une initiative concertée en éducation, ce que pourrait être sans doute le projet Cybersavoir si jamais il se concrétise. En attendant, je fais des suggestions au Conseil et nous avons ajouté des objectifs spécifiques à cet égard dans le Projet éducatif de l’école.
Ce n’est qu’un exemple, mais si vous cherchez autour de vous, vous trouverez des occasions d’influencer le cours de l’économie numérique. Le ramoneur qui fait l’entretien de la cheminée à mon domicile m’envoie une carte de rappel par la poste pour mon rendez-vous annuel de nettoyage. Cette année, sur ma facture, il a noté mon courriel. Il est probable que l’an prochain, il m’envoie un courriel plutôt qu’une carte postale pour me confirmer mon rendez-vous. Pour une PME de sa taille, c’est sûrement immense comme initiative, mais c’est sans doute un geste posé à la suite de nombreuses demandes de clients soucieux, comme moi, de recevoir moins de papier et de rassembler en une seule interface numérique toutes les informations utiles.
Exigez des factures électroniques, des modes de paiements électroniques, demandez à recevoir votre talon de paie en PDF plutôt que dans une enveloppe chaque deux semaines. Retournez ou refusez qu’on vous livre un annuaire téléphonique. Refusez les circulaires et consultez-les en ligne (le publisac est entièrement disponible sur le Web). Prêchons par l’exemple et parlons-en.
Perspective globale, action locale. Nous avons tous un environnement sur lequel nous avons un pouvoir d’influence ou d’action. C’est dans ce périmètre que nous sommes véritablement des agents de changement. Sachons utiliser ce pouvoir. Il est plus grand que nous le croyons.
Il serait sage que nos gouvernements poussent dans ce sens. Il serait encore plus sage de commencer à agir sans nécessairement les attendre. Sommes-nous prêts?
Patrice-Guy Martin - 29 octobre 2008 - 1 commentaire »| del.icio.us | Digg IT | Diigo | Google | StumbleIT | Yahoo! | Technorati |
Un commentaire »
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Merci d’avoir attiré l’attention de vos lecteurs sur la lettre ouverte que Mme Tessier adresse au Premier Ministre du Québec. Elles est on-ne-peut-plus pertinente !
J’applaudis à l’idée que la responsabilité d’avancer dans l’économie du savoir (donc largement numérique) devrait être assumée conjointement par les gouvernements, les entreprises et les citoyens. Je trouve extrêmement intéressant qu’en tant que parent, vous utilisiez votre pouvoir pour influencer les décideurs scolaires. Je souhaite que l’exemple soit suivi à large échelle. J’irai même jusqu’à rêver que les membres des conseils d’établissements scolaires préoccupés par l’éducation pour et par le numérique se solidarisent pour agir ensemble, qu’ils forment un réseau sur le web et qu’ils y coconstruisent un mouvement national capable de faire bouger les choses. Avec en prime toute la fierté que les jeunes éprouveront à l’égard des parents qui n’auront pas eu peur d’initier le changement en commençant par leur propre changement. Ça s’appelle du leadership engageant (traduction libre de l’expression que je tiens de H. Mintzberg).
Commentaire par Michel Girard — 30 octobre 2008 @ 13:49